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GO
WEST (30/10/09))
- « Go West »,
dites-vous ?
- Dans l’argot
des bandits américains, « aller à l'ouest » signifiait
« être pendu ».
- En partant pour l'ouest,
après la mort, les esprits des chasseurs et des guerriers indiens
s’évadaient vers une contrée occidentale, où
la chasse et la pêche
étaient abondantes, et la guerre inconnue.
- Appliquée à
une action, l’expression indique son échec patent.
- La formule est donc
historiquement peu réjouissante
- Quand on est à
l’ouest, on n’a plus les pieds sur terre.
- On met directement
son entreprise en danger.
- Alors que quand on
est à la masse, on fait du surplace, on ne progresse pas.
- On met indirectement
son entreprise en danger.
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TÊTE DE TURC (29/10/09)
- Devant la cruauté
faite aux prisonniers chrétiens détenus par les Turcs, les chevaliers
de l’Ordre de Malte, lors du Grand Siège de 1565, coupaient la
tête de leurs propres prisonniers puis les renvoyaient par bombarde
à l'expéditeur.
- Œil pour œil.
- Plus tard, est apparue
une attraction de fêtes foraines en forme de tête enturbannée
sur laquelle on frappe du poing pour mesurer sa force, grâce à
un dynamomètre.
- Comme on disait déjà
« fort comme un Turc », on baptisa le nouveau jeu « tête
de Turc ».
- L’expression est
passée dans le langage courant pour évoquer celui contre qui
s’exercent de façon systématique et injuste sarcasmes
et opprobre.
- Mais la Turquie est aujourd’hui
un sujet sensible et ses représentants sont susceptibles de l'être
(susceptibles).
- Un ministre condamné
sera désormais qualifié de bouc émissaire – plus
biblique – ou de souffre-douleur – plus médical.
- Scapegoat, Cabeza
de turco, Sündenbock.
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PASSER À L'OUEST (28/10/09)
-
Aux États-Unis,
l’artiste, c’est celui qui gagne beaucoup d’argent en
distrayant les autres.
-
Le dollartiste,
en somme.
-
En Europe,
l’artiste, c’est celui qui, avec génie, transgresse les
règles.
-
On pourrait
dire : l’anartiste.
-
L’affaire
Polanski est partant perçue différemment d’une rive
à l’autre de l’Atlantique.
-
Et, cette
fois-ci, l’intéressé n’a pas envie de passer à
l’ouest.
-
Cela dit,
s’installer en Californie, c’est en respecter la culture.
-
Dont la
tolérance n’est pas l’attrait principal, comme tout expat
européen le sait.
-
Alors,
parader quand ça va et s’esquiver quand ça va pas ?
-
That is
the question.
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DEPUTÉS GODILLOTS (27/10/09)
- C’est Alexis Godillot
(1816-1893) qui a donné son nom à la chaussure.
- Fils d’un soldat
de l’Empire, Alexis Godillot reprend à l’âge de 23
ans la sellerie créée à Paris par son père sous
la Restauration.
- Il diversifie sa production
et propose aux armées une chaussure de soldat des plus novatrices.
- On a peine à le
croire aujourd’hui, mais, jusqu’à la Monarchie de Juillet,
les chaussures militaires avaient en effet des semelles de bois et ne différencient
pas le pied gauche
du pied droit !
- En inventant une chaussure
montante à semelle de cuir épousant les pieds, Godillot s’impose
vite comme le fournisseur principal de l’infanterie.
- Il renforcera sa position
sous le Second Empire, au point que les soldats donneront son nom à
leurs « pompes ».
- Mais Alexis Godillot
ne se limite pas aux selles et aux chaussures.
- Il vend également
des tentes aux armées, et devient l’organisateur des fêtes
du Second Empire.
- Lorsque Napoléon
III se déplace en province, Godillot est en effet non seulement chargé
d’installer les tentes et décors, mais aussi d’assurer
l'événementiel.
- Installée à
Saint-Ouen, dont Alexis Godillot sera le maire jusqu’à la chute
de l’Empire, l’entreprise Godillot comptera près de 3 000
employés.
- Mais cette puissance
industrielle s’effondre en 1895, deux ans après la disparition
de son fondateur, quand un incendie détruit les usines de Saint-Ouen.
- On a oublié l’entrepreneur
Godillot.
- Reste la « godasse
», une variante argotique.
- Et les députés
godillots qui, après s'être égarés, retrouvent
bien vite le droit chemin.
- Qu'on se rassure, dans
la Chambre des Communes, on trouve aussi des yes-men ou encore des
party-liners.
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HEURE
D'HIVER (26/10/09)
- C'est à
la suite du premier choc pétrolier de 1973 qu'un dispositif de changement
d'heure selon les saisons a été institué en 1976 par
Valéry Giscard D’Estaing, séduit par le daylight saving
time américain.
- Mais le
pays avait déjà connu un tel régime de 1916 à
1946.
- C’est
en effet pour économiser l’électricité que les
belligérants de la Grande Guerre décident de mettre en place
un système d'heures d'été et d'hiver lorsque le conflit
commence à se prolonger.
- L'Allemagne
est la première à instaurer ce mécanisme, bientôt
suivie par la Grande-Bretagne, la France et la plupart des autres pays européens.
- L'idée
n'était pas neuve.
- Dès
1784, Benjamin Franklin avait suggéré de la déployer
à Paris, accompagnée de quatre mesures :
1) Taxe d'un louis par fenêtre pour les habitants qui laissent leurs
volets fermés.
2) Bougies rationnées à une livre par famille par semaine.
3) Policiers chargés d'arrêter la circulation après le
coucher du Soleil, exceptée celle des médecins, des chirurgiens
et des sages-femmes.
4) Cloches d’église et au besoin canon informant l'ensemble des
habitants de l'arrivée de la lumière, chaque matin dès
que le soleil se lève.
L'inventeur du paratonnerre avait même été jusqu'à
chiffrer les économies potentielles pour la municipalité parisienne
:
" En partant du principe qu'il y a 100 000 familles à Paris et
que ces familles consomment la nuit 1/2 livre de bougies et chandelles par
jour... En estimant de 6 à 8 heures la durée moyenne entre l'heure
de lever du soleil et la nôtre... il y a donc 7 heures par nuit pendant
lesquelles nous brûlons des bougies, on en arrive au décompte
suivant : en six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a 183 nuits.
7 heures par nuit d'utilisation de bougie. La multiplication donne 1281 heures.
Ces 1281 heures multipliées par 100 000 donnent 128 100 000. Chaque
bougie exige 1/2 livre de suif et de cire, soit un total de 64 050 000 livres.
À un prix de trente sols par livre de suif et de cire on en arrive
à 96 075 000 tournois de livre [130 millions d'euros], une immense
somme que la ville de Paris pourrait sauver chaque année ."
- Il n'avait
pas été suivi.
- Le principe
des heures d'été et d'hiver a toujours eu ses partisans et ses
détracteurs car, sans chercher de midi à quatorze heures, les
effets de la désorganisation qui s’ensuit sont impondérables.
- En 1946,
les adversaires du changement horaire, profitant des ambiguïtés
de l'heure allemande appliquée à la zone occupée, font
abroger le dispositif et remettent les pendules à l’heure.
- Variatio
delectat,
remarquait déjà Cicéron.
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PERRETTE
( 23/10/09)
- Perrette
se rend au marché son pot au lait sur la tête.
- En chemin,
elle construit in petto son business plan.
- Avec l’argent
du lait, elle investira dans des œufs, qui à leur tour lui donneront
des poulets, qu’elle échangera contre un cochon.
- Bien engraissé,
elle pourra vendre le porc et réinvestir dans une vache et son veau,
première étape vers un plus large troupeau.
- Un beau
retour sur investissement en perspective.
- Mais le
lait tombe : adieu, veau, vache, cochon, couvée.
- Voilà
Perrette « gros Jean comme devant ».
- «
Qui ne fait châteaux en Espagne ? » demande le poète.
- Et il donne
la réponse : « Autant les sages que les fous ».
- Là
est la leçon de management que nous donne La Fontaine.
- Il est dans
la nature humaine, dès lors qu’on se livre à l’exercice
de projection qu’est un business plan ou une élection à
un poste prestigieux, de pécher par excès
d’optimisme et de sous-estimer les risques ou les résistances.
- Comment
ramener aimablement à la raison ceux qui dérivent ainsi dans
leurs prévisions ?
- Il suffit
de leur rappeler La Laitière et le Pot au lait.
- Don't
count your chickens before they are hatched!
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PERSONAL BRANDING (22/10/09)
- Brand signifie
la marque.
- Le personal branding
est le processus par lequel une personne gère sa vie professionnelle
comme on gère une marque.
- Longtemps, cette technique
est demeuré réservée aux people et aux politiciens.
- Mais l’irruption
des réseaux sociaux permet aujourd’hui à chacun de se
rendre visible sur le web.
- Dès qu’on
intervient, même sous un pseudonyme, sur les sites de partage communautaire,
on se construit une identité numérique et on acquiert une réputation.
- Le personal branding
consiste à contrôler ce phénomène.
- Les techniques ne diffèrent
guère de celles qu’on met en œuvre pour la promotion d’un
produit sur le net : présence sur les sites-clés, participation
aux débats,
- génération
de buzz, etc.
- Le génération
Y des 15-35 ans (la net generation) est très habituée à
cette présence sur les réseaux sociaux.
- D’aucuns qualifient
de Y 2.0, ceux qui gèrent leurs interventions de façon structurée.
- Autrement dit, ceux qui
prennent en charge leur personal branding.
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À LA LIMITE (21/10/09)
- Problème autour
de la table : il faut dégraisser un mammouth.
- On cherche une solution.
- Soudain un cadre suggère
: « On pourrait à la limite faire… »
- Un autre rétorque
: « C’est vrai qu’à la limite on pourrait…»
- Curieux destin que celui
de cette limite qui, après avoir brouillé tant de lycéens
avec les mathématiques, revient en fanfare dans leur vocabulaire d’adultes.
- Dans l’imaginaire,
chacun aura sans doute retenu que l’observation d’une formule
à la limite permet souvent de distinguer le vrai du faux.
- En algèbre comme
en topologie, les raisonnements à la limite vont à l’essentiel.
- En poussant les équipes
à leurs limites, ou en proposant une solution envisageable à
la limite, on dépasse les obstacles contingents : tout paraît
plus simple.
- Encore faut-il ne pas
oublier qu’il se passe des choses bizarres voire tragiques, à
la limite.
- At a pinch,
disent les Anglais sur un air pincé..
*********
ANALYSE DE L'EXISTANT (20/10/09)
-
La plupart
des méthodes d’analyse et de conception utilisées en
re-engineering modélisent le système existant (pour émettre
le diagnostic), puis le système cible (pour élaborer un plan
d’action).
-
On est
très loin des conclusions hâtives qui érigent imprudemment
des culpabilités.
-
Dans le
langage de la gestion de projets en effet, la première étape
est généralement désignée comme « l’analyse
de l’existant ».
-
Par extension,
l’expression est devenue courante dans les cahiers des charges et
dans les réponses aux appels d’offres.
-
L’analyse
de l’existant, c’est la photographie de ce qui est en place.
-
Elle peut
être formulée aussi bien par le maître d’ouvrage
d’un projet que par le maître d’œuvre et ses sous-traitants.
-
L’analyse
de l’existant peut se transformer en un exercice de flatterie (dans
les affaires) ou au contraire de mise à l'index (dans les "affaires").
*******
SUR LA SELLETTE
(19/10/09)
-
Être
sur la sellette, c'est être exposé aux jugements et aux critiques.
-
La sellette
était un petit banc en bois des tribunaux de l’Ancien Régime
où s’asseyaient les prévenus.
-
La petite
taille du banc obligeait à une posture jugée d'autant plus
humiliante qu'on y paraissait les fers aux pieds.
-
Mais quand
l'accusé était noble, la sellette était recouverte
d'une... moquette.
-
Symbole
de l'oppression du système judiciaire royal, l'usage de la sellette
est aboli en octobre 1789.
-
La sellette
n'a cependant pas disparu puisqu'on la retrouve en métaphore dans
les expressions "être sur la sellette" ou "mettre sur
la sellette".
-
Le sculpteur
met sur la sellette l'ouvrage qui, espère-t-il, lui survivra.
-
L'ouvrage
en question pouvant se retrouver sur la sellette, où il ne fait pas
bon s'asseoir.
***********
LE SOLDAT RYAN
(16/10/09)
-
On connaît
l’histoire : trois des quatre frères Ryan viennent de mourir
au combat, l’un dans le Pacifique, les deux autres sur les plages
du débarquement du 6 juin 1944.
-
L’état-major
américain décide qu’il faut sauver le quatrième
frère, lui-même quelque part sur la côte normande au
lendemain du D-Day, quoi qu’il en coûte : le
-
capitaine
Miller part à sa recherche.
-
Il sauvera
le soldat Ryan et y laissera la vie.
-
Film pathétique
par l’intensité de l’intrigue et le réalisme de
l’action.
-
Le titre
est passé dans le langage du monde professionnel, mais, comme souvent,
dans un sens détourné.
-
Qui est
en effet le soldat Ryan de l’entreprise ?
-
C’est
un manager en train de s’égarer, voire de faillir.
-
Le sauver,
c’est éviter qu’il ne s’engage plus en avant dans
une voie sans issue
-
Pour son
bien : parfois.
-
Dans l’intérêt
de l’entreprise : toujours.
*****
SE TENIR
À CARREAU (15/10/09)
- Les pros de la crise
imposent à Sarkozy II de se tenir à carreau.
- Les amateurs d’arbalète
le savent : le carreau est le fer coupant du trait (flèche).
- Se tenir au risque d'un
carreau oblige à la discrétion et à la vigilance. Quand
on est féru (frappé) d'un coup de carreau, on tombe à
la fois sous le carreau et sur le carreau.
- La formule pourrait aussi
trouver ses racines dans les jeux de cartes.
- Notons que dans l’argot
policier, le carreau est le domicile alors que la carrée désigne
la chambre.
- Quoi qu’il en soit,
il y a bien une dimension disciplinaire dans l’expression se tenir
à carreau.
- On la rencontre à
l’école et à l’armée, dans les entreprises
mais aussi dans la vie publique (mais pas à tous les étages).
- L’expression attribue
une connotation scolaire ou militaire dans la sphère où elle
fait irruption.
- To watch one's step.
*******
ENTENDRE (14/10/09)
- Les psychanalystes «
entendent » souvent autre chose que ce qu’on leur dit.
- C’est leur métier.
- Là où un
patient dit qu’il a des relations difficiles avec ses collègues,
le psy entend qu’il a une histoire compliquée avec sa fratrie.
- Entendre veut dire ici
: voir par derrière, identifier le vrai problème, ne pas se
laisser aveugler par l’apparence.
- Le verbe s’immisce
aujourd’hui dans le langage courant.
- Dominique de Villepin
entend bien être disculpé.
- Comme si le réflexe
psychanalytique s’était propagé, beaucoup affirment entendre
autre chose que ce qu’on leur dit.
- Quand un commercial déclare
que la concurrence est rude, son patron « entend » qu’il
ne fera pas son budget.
- Entendre en vient à
se substituer à comprendre.
- Pourquoi ce déplacement
?
- Peut-être parce
qu’on peut mieux revenir en arrière : dire qu’on a mal
entendu est plus facile qu’admettre qu’on a mal compris.
- A bon entendeur, salut
!
*******
FUMER LA MOQUETTE (13/10/09)
- Même en Chine,
on estime que les membres du conseil d’administration de l’EPAD
ont fumé la moquette tapissant leur penthouse.
- L’expression n’a
pas plus de 30 ans.
- Pour la plupart des observateurs,
elle est née de la mode du haschich.
- Quand on en vient à
fumer la moquette, c’est qu’on est dans un état bien avancé,
au point de ne plus tenir debout, voire de confondre l’herbe avec les
poils du tapis.
- Si la formule est souvent
convoquée pour stigmatiser ceux qui ont perdu tout bon sens, c’est
que la moquette joue un rôle central dans le fonctionnement de l’entreprise.
- Son épaisseur
est un marqueur hiérarchique.
- C’est aussi un
vecteur acoustique : radio-moquette émet en continu.
- Lorsqu’elle fait
irruption dans l’entreprise, la jeune expression fumer la moquette arrive
presque en terrain conquis.
- Elle s’impose facilement.
- Et est en passe de devancer
péter les plombs, un câble, et d’autres encore.
- Les Brésiliens,
pourtant... blindés en matière de fantaisie, expliquent que
les Défenseurs ont "inspiré de la colle" (cheirar
cola), alors que les Espagnols pensent qu'ils
"sont fumés" (estar fumado).
PETIT ROBERT (12/10/09)
- Le Petit Robert a ajouté
200 mots à son édition 2010.
- En font partie : bachelor,
bientraitance, bling-bling, encarté, LED, RSA, sex-toy, slim, taser,
virophage, zénitude, agrocarburant, bilan carbone, écohabitat,
écopastille, permaculture, e-books, buzz, post, wiki, collaboratif,
geek, widget, réseauter, tatouage numérique…
- Quelques expressions
sont officiellement intronisées.
- Il faudra dorénavant
compter avec le capitaine de soirée, porter une double casquette, changer
de braquet, mettre le grand développement, souffrir du syndrome du
nid vide, avoir une haleine de chacal, être en vrac, avoir un plan B,
sentir la naphtaline...
- Par ailleurs, des substitutions
ont été opérées par rapport à la précédente
édition.
- Exit le brainstorming
au profit du remue-méninges.
- Exeunt les meetings
qui deviennent des réunions.
- Et on ne passera désormais
plus de casting, mais une audition.
- Les mannequins seront
ainsi amené(e)s à vocaliser.
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LAISSER PISSER LE MÉRINOS (9/10/09)
- Certes, on peut démissionner,
mais pourquoi ne pas plutôt laisser pisser le mérinos ?
- Dans les attelages d’autrefois,
il fallait prévoir des pauses régulières pour laisser
les bêtes, chevaux ou bœufs, se relâcher.
- Il semble que l’expression
laisser pisser, pour dire laisser passer, trouve là son origine.
- Pourquoi le mérinos
s’est-il donc invité ?
- Le mérinos est
une race ovine originaire d'Espagne élevée principalement pour
sa laine.
- Il était, semble-t-il,
à la mode au cours du 19è siècle quand le laisser pisser
s’est imposé.
- Le mérinos était
sur les lèvres : un rien a suffi à l’associer au laisser
pisser.
- Aujourd’hui, la
formule fait florès dans le langage professionnel ou politique (mais
rarement diplomatique).
- Les circonstances sont
légions où le remède risque d’être pire que
le mal.
- On a tout intérêt
à ne pas intervenir, mais il ne faut pas sembler passif.
- To let it go - Deja
que los perros ladren - Deixar a água correr - Lassàri pèrdir
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PALLIER (8/10/09)
-
Le poker
en ligne était un palliatif, permettant de patienter.
-
Mais aujourd'hui,
les nouveaux joueurs n'ont jamais vu une table et ne se ruinent qu'en ligne.
-
Auparavant,
le jeu virtuel palliait à l'attente de la partie avec les amis.
-
Pardon,
je voulais dire, "il palliait l'attente", bien sûr !
-
De Chateaubriand
à Simone de Beauvoir, en passant par Balzac et Zola, pallier s’emploie
avec un objet direct.
-
Mais la
tentation du pallier à est si forte que l’Académie française
a dû publier une mise en garde en 1964.
-
Pallier
vient du bas latin palliare « couvrir d’un manteau, d’un
pallium », puis « cacher ».
-
Le mot
a ensuite pris de le sens de guérir en apparence, remédier
à.
-
C’est
cette analogie avec remédier à, parer à, qui déclenche
ce « à » malvenu.
-
Défense
de jouer avec les règles.
TIREZ PAS SUR LE PIANISTE (7/10/09)
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LA BURQA ET LES AUTRES (6/10/09)
-
Burqa est
un nom à double genre (masculin et féminin).
-
Il désigne
deux vêtements traditionnels des femmes musulmanes d’Asie Centrale.
-
L’un
est un voile, posé par-dessus un hijab (tunique isolante) et qui
couvre la tête, avec une fente permettant de voir.
-
L’autre
variante est le chadri (« burqa complète » ou «
burqa afghane »).
-
Le chadri
est un tissu plissé rayonnant autour d’une calotte qui recouvre
entièrement la tête et le corps.
-
Le chadri
ne laisse au niveau des yeux qu’une meurtrière grillagée.
-
Dans certaines
tribus, les filles endossent la burqa à la puberté et de la
retirent plus jamais, même devant leurs enfants.
-
Seule leur
dépouille sera dépouillée de cette houppelande.
-
Le tchador
désigne le tissu couvrant la tête et le corps des femmes chiites
(donc essentiellement iraniennes).
-
Avec le
tchador, le visage peut être découvert.
-
Le hijab
(de Habaja « dérober au regard ») désigne l’écran
de la pudeur.
-
Ce concept
est évoqué sept fois dans le Coran
-
Il fait
allusion au rideau destiné à isoler les épouses du
prophète.
-
Sauf traduction
défectueuse, il n’est pas fait référence à
quelconque vêtement.
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BOUCHÉ À L'ÉMERI (5/10/09)
- Lorsqu’un PDG ou
un ministre est bouché à l’émeri, gare aux dégâts
!
- L'émeri est une
roche composée de spinelle et de corindon finement cristallisés,
associés à la magnétite ou à l'hématite.
- On en extrait surtout
en Turquie et en Grèce.
- Réduite en poudre,
cette roche est employée comme abrasif depuis l'Antiquité.
- La poudre d'émeri,
mélangée à un liquide (eau, huile) crée une pâte
qui a longtemps été utilisée pour boucher les bouteilles.
- Le bouchon en verre et
l'intérieur du goulot sont ajustés par rodage avec cette pâte
d'émeri pour que le contact soit parfait.
- Etre bouché à
l'émeri, c'est donc être hermétique.
- Sous entendu : on peut
être hermétique et ne rien renfermer.
- Quelle nuance apporte
l'émeri par rapport au fait d’être simplement bouché,
comme on disait antérieurement ?
- Sans doute cette même
profondeur qu’exprime aujourd’hui l’adjectif « grave
».
- On dirait aujourd’hui
: il est bouché grave.
- On disait hier : il est
bouché à l’émeri.
- Dans chaque cas, un mélange
de fatalisme, de pitié et de frustration.
- To be wood from the
neck up - Ser duro como una roca - Ser burro como uma porta - Duro di comprendonio
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POLANSKI
(3/10/09)
- L'arrestation de Roman
Polanski crée le trouble.
- D'un côté
les dura lex, sed lex, pour lesquels, même sévère,
la loi est la loi.
- De l'autre, les summum
jus, summa injuria : pour ceux-là, un excès de justice
devient une injustice.
- On hésite aussi
sur les motivations des autorités helvétiques :
- Ratione personae
(en raison de la personne) ?
- Ratione materiae
(en raison de la matière) ?
- Ratione loci
(en raison du lieu) ?
- Mais à qui profitera
l’affaire ?
- Is fecit qui prodest
– le coupable est celui qui tire parti de la faute.
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LA POSSIBILITÉ D'UNE LANGUE
(2/10/09)
-
Le soleil
ne se couche jamais sur l’empire linguistique anglais.
-
L’Inde
en est l’un des principaux protagonistes.
-
Ses vingt
langues nationales et ses multiples dialectes relient ses citoyens à
leurs états ou à leurs régions respectives, alors que
le hindi les relie à leur nation
et
que l’anglais les relie au monde extérieur.
-
L’anglais
est la langue de l’administration et des affaires, elle y est universellement
enseignée.
-
Les plus
basses castes telles les harijans sont désormais initiés,
ce qui leur vaut une formidable rédemption.
-
En levant
les barrières, l’anglais facilite accessoirement les migrations
internes.
-
Le prodigieux
essor économique de l’Inde est en partie dû à
sa main d’œuvre anglophone.
-
Enorme
avantage sur la Russie, la Chine ou le Brésil.
-
De surcroît,
les étudiants indiens accèdent très facilement aux
structures universitaires internationales.
-
En Europe,
avec vingt langues nationales et de nombreux dialectes, la situation est
comparable (les intouchables en moins).
-
Lui manque
pourtant la lingua franca internationale pour rester de plain-pied dans
la course.
-
Toutes
les négociations que l’Europe mène avec les Etats-Unis,
la Chine ou la Russie se conduisent en anglais.
-
L’anglais
est tout simplement un facteur de progrès, n’en déplaise
à Claude Hagège*, dont le génie n’est pas ici
remis en cause.
* Dictionnaire
Amoureux des Langues - Plon/Odile Jacob - 25 euros
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FORTS EN THÈME
(1/10/09)
• Aucun doute, la
France est dirigée par des forts en thème. Cela se vérifie
dans la majorité des déclarations, même à l'entrée
des tribunaux.
• La formule "fort en thème" prend corps dans le courant
du XIXè siècle pour désigner un excellent élève,
doté d’une intelligence rapide, mais manquant peut-être
d’imagination.
• Le thème dont il s’agit est à l’époque
le thème grec ou le thème latin.
• Si le thème est ainsi porté au rang de discipline de
référence, c’est que la réussite dans cette matière
dépend peu des origines sociales des élèves.
• En effet, pour réussir en thème grec ou latin, il faut
non seulement avoir l’esprit bien fait, mais aussi travailler beaucoup
et régulièrement car aucun séjour linguistique ne compensera
quelconque lacune.
• Le thème joue alors le rôle de sélection objective
et d’ascenseur social (que chercheront à exercer plus tard les
mathématiques).
• Contrairement à la version et aux autres matières littéraires,
les fils de bourgeois et d’ouvriers sont à égalité
pour la composition de thème.
• Et c’est sans doute pourquoi s’est forgée l’expression
de fort en thème, plutôt que fort en histoire ou en
philosophie.